«14 Juillet», Eric Vuillard

Trois mois d’absence et pourtant, la passion ne s’est pas envolée. Elle est restée là, discrète, mais présente, à chaque discussion l’idée de reprendre la plume (ou le clavier) remuait dans notre esprit. Puis, vint l’attente, celle de l’autre, de voir qui prendra l’initiative en premier, lira un livre de la rentrée, en parlera, prendra des notes, rassemblera le tout dans un semblant de billet et le partagera.

Pour le retour, le livre élu est un Éric Vuillard. Vous avez sûrement entendu parler de lui. Son livre « l’Ordre du jour » a été couronné par le prix Goncourt 2017. Il ne s’agit certainement pas du livre avec lequel il a glané le prix, mais d’un livre écrit une année auparavant. Un retour au passé pour voir ce que valait l’auteur de l’Ordre du jour.

Le Lyonnais qu’est Eric Vuillard a débuté sa carrière en 1999 avec un premier récit publié aux éditions Michalon avant de publier trois autres aux éditions Léo Scheer, soit quatre publications en l’espace de dix ans. Recruté par Actes Sud, il en publiera cinq en l’espace de sept ans, tous primés par des prix européens sauf un. C’est ce dernier qui fera sujet de ce billet.

« 14 juillet » est le seul livre de l’auteur qui n’a pas été récompensé, il est même passé inaperçu lors de la rentrée littéraire 2016. Les deux cents pages de cette fresque historique nous transportent dans le Paris assiégé par sa plèbe. Le contexte de la révolution est mis à nu, l’auteur nous propose une diatribe de la monarchie française et la caste aristocratique du pays. Ainsi, il nous fait le tour de leurs déboires, dépendances, styles de vie, insouciances, et dettes. Car c’est là l’une des raisons les plus évidentes et directes de la révolution. Un pays croulant sous la dette dont la caste dirigeante continue de sucer jusqu’à la moelle ses ressources pour assurer leur train de vie.

Vuillard est un auteur qui aime décrire. Ces descriptions sont d’une finesse élégante qui nous fait rêver. Toutefois, quand celles-ci sont jointes d’une énumération des plus longues, elles créent chez le lecteur un ennui des plus déprimants.

Ceci n’empêche vous pouvez toujours vous délectez d’un Vuillard « Cicéronien » notamment quand il parle de Paris.

« Paris, c’est une masse de bras et de jambes, un corps plein d’yeux, de bouches, un vacarme donc, soliloque infini, dialogue éternel, avec des hasards innombrables, de la contingence en pagaille, des ventres qui bouffent, des passants qui chient et lâchent leurs eaux, des enfants qui courent, des vendeuses de fleurs, des commerçants qui jacassent, des artisans qui triment et des chômeurs qui chôment. Car la ville est un réservoir de main-d’œuvre pas chère. »

Ce n’est pas pour rien que je compare Vuillard à Cicéron non pas dans sa dimension publique, mais plutôt dans celle humaine. L’homme apparaît comme étant hors de son temps, il se place en commentateur et parle des personnages comme s’il s’agissait de ses voisins, d’hommes et femmes ayant vécu avec lui. Il connaît leurs craintes, leurs ambitions leurs passés et leurs futurs. Je garde en mémoire ce merveilleux passage que je partage avec vous ci-dessous où il pleure un révolutionnaire du jour abattu par une balle sifflante.

« Dieu que c’est petit un homme. Et que la cour est grande. Les murs s’écartent, le ciel est lourd ; il fait affreusement chaud. Sa femme doit être inquiète ! Ils habitent un grenier d’où l’on voit Paris, c’est leur grande richesse ; ils prennent plaisir, le soir, à se tenir un moment ensemble à la fenêtre. Ils se donnent la main, échangent quelques banalités sur la couleur des toits et le petit arbre que l’on devine, en bas, dans la courette ; ils causent un peu de leur journée. C’est ce qu’on appelle s’aimer. »

Mon avis de lecteur : 14 juillet est un livre de chevet où tout révolutionnaire refoulé se retrouvera. Détendez-vous, prenez une tisane, couvrez-vous avec une couverture chaude ou les bras de votre amant(e), laissez vous bercer par la musique de la pluie qui s’abat sur vos vitres et suivez le fil de la prise de la Bastille à travers les chômeurs, artisans, porteurs, hommes, femmes et enfants de la ville de Paris.

 

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