«Paroles d’un soufi», Kharaqânî

« Je n’ai ni maître ni disciple » clamait souvent Kharakânî dict Abu El-hassan l’un des premiers grand maître de la tradition soufie d’origine iranienne. Vivant au 1er siècle en Iran, il était considéré comme le maître suprême de son époque. Son œuvre a été relatée dans deux livres. Le premier, « La lumière des sciences » est rédigé au 13e siècle. Tandis que le deuxième est celui écrit par Attâr et n’est autre que « Le mémoriel des saints ».

La spécificité d’Abul’ Hassan était le fait qu’il soit analphabète ce qui explique en grande partie pourquoi il n’a édité aucun écrit de son vivant. Pourtant, ses paroles sages ont pu traverser les âges pour nous offrir ce délicieux livre traduit de l’iranien par Christiane Tortel et publié aux éditions Points.

Véritable génie de son époque Kharakânî bénéficiera d’une notoriété glorieuse en faisant table rase de l’héritage de Hallâj. Ce dernier étant mort un siècle auparavant en laissant derrière lui une idéologie (pour ne pas dire doctrine) florissante. Abul’ Hassan ne bénéficiera pas de ce legs et suivra le chemin entrepris par le prophète. Il sillonnera l’Iran et illuminera de ses paroles les consciences d’un peuple sous le joug arabe. Sa définition du soufi est très particulière. Elle embrasera des générations de disciples pour les siècles qui suivirent.

« Le soufi est un corps mort, un cœur ravi, une âme brulée. » Kharakânî.

A Khorāsān, ils étaient deux, Bayazid Bâstami et Abul’ Hassan, ils étaient considérés comme les jumeaux du Khorāsān.

« Tout, ce que Bâstami a obtenu avec sa tête, Bû’l-Hassan l’a obtenu avec ses pieds »

Le paysan de Kharaqân qu’est Abûl’Hassan s’est recueilli pendant des années à genoux devant la tombe de Bâstami avant que la projection astrale de celui-ci ne fasse apparition pour lui avouer qu’il fait partie de la généalogie de l’arbre céleste.

Abû l-Hassan vient même avant Bayazid, car il a remonté la chaîne de la création à l’envers avant de clamer fort « Le soufi n’est pas créé », un cri de victoire qui le rendra célèbre auprès de tous les soufis d’orient et d’occident.

Abû l-Hassan a aussi redéfini l’amour avec une célèbre phrase :

« Je demandais un jour s’il existait quelqu’un qui fût plus amoureux que moi. Dieu m’ouvrit l’œil intérieur et me montra ses amoureux, j’eus honte de mon amour. Je voudrais montrer aux hommes l’amour des hommes (pour dieu) pour qu’ils sachent que tout ce qui est amour n’est pas l’amour et pour que tous ceux qui s’aiment aient honte de dire « je t‘aime » »

Abû l-Hassan montrera aussi la voie aux soufis qui le suivront en clamant que l’amour pour le divin ne devrait pas être suivi d’attentes (Envie du paradis ou peur de l’enfer). Mais que l’amour de dieu devrait avoir pour seul objectif d’être à ses côtés.

« Le bonheur est avec toi, et tu parles du paradis ? » Abû l-Hassan discutant avec Dieu. Ou encore cet autre cri « S’il n’existait ni prophètes, ni lois, ni paradis, ni enfer. Je serais le même que je suis aujourd’hui, je T’aimerais pour Toi-même et T’obéirais parce que c’est Toi. »

Ce que j’en pense, Paroles d’un soufi est une délicieuse initiation au soufisme et à ses préceptes. Toutefois, il est conseillé de saisir la profondeur de l’allégorie plutôt que le premier sens. – Conseil que j’ai déjà adressé en relatant mon avis sur Rire avec Dieu de Majrouh – ce n’est pas pour rien que les soufis furent chassés, torturés et brulés durant de longs siècles. Bonne lecture !

 

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