« De nos frères blessés », Joseph Andras II

Pour ma longue absence, je m’excuse.

Joseph Andras nous avait servi en 2016 un bijou littéraire d’une beauté rare. Ce livre avait précédé la rentrée littéraire ce qui lui a valu une couverture médiatique moyenne. Toutefois, un fait rare de nos jours s’est produit, son livre a remporté le Prix Goncourt du premier roman à la surprise générale alors qu’il n’était même pas dans la liste des finalistes. Deuxième fait extraordinaire, l’auteur refuse de se rendre chez Drouant (Restaurant où est remis le prix) et refuse le prix.

« La compétition, la concurrence et la rivalité sont à mes yeux des notions étrangères à l’écriture et à la création. (…) Que l’on ne cherche pas à déceler la moindre arrogance ni forfanterie dans ces lignes : seulement le désir profond de s’en tenir au texte, aux mots, aux idéaux portés, à la parole occultée d’un travailleur et militant de l’égalité sociale et politique. » Joseph Andras.

Le jury du prix Goncourt est resté sans voix devant ce revirement de situation avant de publier une réponse cinglante à l’adresse de l’intéressé par le biais de Pierre Assouline.

« Difficile en tout cas de ne pas déceler sous la revendication d’idéalisme un mélange de mépris, d’arrogance, d’immaturité, surtout trois jours après, alors que sur le site de l’éditeur le livre était déjà ceint du bandeau “Goncourt du premier roman”. L’orgueil est toujours mal placé lorsqu’il se manifeste à retardement. Il est vrai aussi que cette récompense étant dotée, Joseph Andras aurait eu à dévoiler sa véritable identité pour la recevoir, ce qu’il paraît redouter par-dessus tout. »

L’histoire comme relatée par Ghita dans son billet et celle de Fernand Iveton pied-noir ayant décidé de rejoindre la résistance algérienne pendant la guerre d’Algérie. Son seul fait de résistance est une bombe placée dans une usine désaffectée ayant pour seul objectif de ne faire que des dégâts matériels. Son acte va lui valoir prison, torture et mise à mort. (Plus de détails dans le billet de Ghita)

Du livre, j’en dis, les ligne dissimulent une rage profonde, un sentiment d’injustice qui parcoure les décennies. La trame est façonnée de manière à nous emmener à être empathique envers Fernand et sa compagne. Et puis il y a le rôle des politiciens et des intellectuels. Camus avait écrit au ministre de la Justice (Mitterrand) pour qu’il fasse acte de grâce. Mais pour une raison qui échappe à tous jusqu’au moment le gouvernement a fait bloque et a refusé laissant le pauvre Fernand faire face aux retombés de ses choix. Cet événement aura pour conséquence de voir Camus se retirer de la vie politique.

En remontant cette histoire à la surface, Joseph Andras a voulu rappeler la France et les Français de leur passé pas si éclairé qu’il en a l’air. Rappeler à la patrie des droits de l’homme qu’un jour elle a failli à ses principes et a mis à mort un défenseur de ses valeurs pour la simple raison qu’il se trouvait de l’autre côté de la méditerranée. À l’heure actuelle, la guerre d’Algérie est considérée comme un tabou par l’état et les médias. La polémique créer par le candidat à l’élection présidentielle française Emmanuel Macron en est l’exemple lui qui a décliné dans une interview à une chaine algérienne une phrase qui a scandalisé la droite française, je cite.

« Nous devons présenter nos excuses à celles et à ceux qui ont subi la barbarie […] Je pense qu’il est inadmissible de faire la glorification de la colonisation. Certains ont voulu faire cela en France, il y a dix ans. Jamais vous ne m’entendrez tenir ce genre de propos. J’ai toujours condamné la colonisation comme un acte de barbarie. La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime contre l’humanité. »

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