«Le pont sur la Drina», Ivo Andrić

Dans les confins de la Bosnie, Višegrad, est une ville paisible où se côtoie musulmans et chrétiens réunis par un destin unique. La bourgade traversée par la Drina sera le théâtre de cette œuvre écrite en 1945 par l’auteur slovaque Ivo Andric. Ahmet Pacha, grand vizir de la Turquie ottomane et originaire de la région, il décide de bâtir un pont dans sa ville natale. Son ascension dans la hiérarchie ottomane ne lui a pas fait oublier d’où il venait. Quelques années auparavant, le vizir qui était âgé de dix ans faisait office d’impôt sur le sang. Un impôt dont s’acquittaient tous les peuples chrétiens vivant sous la domination du sérail stambouliote.

Pour achever cette tâche et rendre hommage à sa Bosnie natale, le vizir envoya un certain Abidaga. Celui-ci se hâta alors de martyriser la population de Višegrad. Il leurs imposa de travailler sans paiement, d’assurer la garde du matériel durant l’hiver période ou les travaux sont suspendus et exploitera leurs chevaux, bétails et récoltes contre leur gré. Les autochtones finirent par se lasser de ce traitement et commencèrent à voir dans le pont la raison de leur malheur. La résistance se forma rapidement et les actions de sabotage furent leurs armes. Abidaga se met alors à chercher le responsable, voyant en Radisav le Serbe l’ennemi numéro un de ses projets, il l’élimina de manière atroce devant la population de la ville.

L’histoire ne s’arrêtera pas là, le bruit des agissements d’Abidaga s’étendit alors jusqu’à atteindre les oreilles du vizir qui s’empressa de demander des comptes avant d’exiler le fauteur et sa famille en prenant soin de le dépouiller de sa fortune amassée malhonnêtement.

Le second homme envoyé par le Vizir fera oublier aux populations son prédécesseur. Arif bey était un homme souriant et d’apparence joviale, le personnage était aussi sévère quand il s’agissait d’un manquement par l’un de ses subordonnés, mais sa sévérité se traduisait avec gentillesse. Dans sa suite il ramena des maitres de boiserie, de pierreries et de marbre. Les ouvriers étaient tous payés et les locaux y voyaient une aubaine pour amasser quelques pièces. Quelques mois plus tard, les échafaudages donnaient lieu aux véritables dessins du Vizir, un caravansérail et une hostellerie seraient construits près du pont pour assurer le gite aux voyageurs et commerçants. Le pont pour sa part serait une œuvre architecturale tant en robustesse qu’en beauté. Višegrad et son pont seront les théâtres de quatre siècles d’histoire d’émigration, de conflits, et de basculement.

Ivo nous raconte cette histoire qui est un peu la sienne, lui le natif bosniaque d’origine croate et partisan serbe. La ressemblance entre l’auteur et le pont est frappante, les deux ont basculé d’un côté puis dans l’autre. Leurs choix étaient dictés par les moires.

Les premières pages du livre sont susceptibles de nous enivrer, tant les descriptions de la Drina y sont détaillées. La rivière sera personnifiée, embellie de métaphores et trompée d’une allégorie dont seul le prix Nobel 1961 en connait la résonance. #LESADIQ

Mon avis de lecteur,

Les fondements du vivre ensemble commencent par dresser des ponts entre les différentes communautés. Le Pont sur la Drina en est un. Grâce à lui le vizir a créé sans le savoir une opportunité pour qu’un rapprochement entre les musulmans et les chrétiens de Višegrad s’établisse. Toutefois, la folie humaine l’a remporté, la Drina et son diadème en seront témoins. Les Bulgares, les Autrichiens, les Ottomans, les Albanais, les Serbes et les Croates tous se sont acharnés pour donner à la Drina un spectacle sanguinaire.

Vint alors le regard d’Andric qui a essayé de réparer le pont avec son encre. La date de l’écriture de ce roman n’est pas anodine, 1945, année qui a marqué la fin de la plus grande folie humaine. Le pont sur la Drina est espoir pour tous ses Européens qui désirent rebâtir un pont qui les mènera vers le vivre ensemble.

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