«Alamut», Vladimir Bartol

Le manuel du fedaï :

Recruter des jeunes issus de familles zélées, offrez-leur un entrainement intensif tant psychologique que physique. Testez-les, et faites-leur savoir qui est le maitre. Vous aurez ainsi des fedayin prêts à vous servir ainsi que vous épauler pour mener à bien toute entreprise.

Le récit de l’écrivain slovène décrit la secte ismaïlienne de Hassan El Saba, plus connu sous la nomination de la secte des assassins « Hashaschine ». À travers les pages du livre, on retrouvera les rouages de la secte, son organisation, son mythe et ses astuces pour enrôler et endoctriner les masses. La fiction sera mélangée avec des éléments historiques tels que les noms de vizirs, de sultans et de personnalités de l’époque. Ne seront omis ni la portée de leurs actions ni les moyens dont ils ont usé. Le pouvoir de Hassan qui se niche dans ce nid d’aigle d’Alamut perché dans le nord d’Iran croitra jusqu’à terroriser la cour seldjoukide. Ces aspirations secrètes sont dissimulées sous une fausse cause : celle de libérer les chiites du pouvoir turc sunnite.

La personnalité de Hassan restera occultée sous un voile. Vous parcourez ainsi plus que la moitié du livre sans être certain de ce qu’il est vraiment. Les uns se demanderont s’il existe vraiment, d’autres y verront un exemple vivant du portrait du prince dressé par Machiavel. Mais, ce qui est sûr est que seul le récit dans son intégralité pourra nous donner quelques ébauches de réponse.

L’écrit date de 1938 et pourtant on aurait pu dire qu’il s’agit d’un livre contemporain. Je ne nierai pas le rapprochement que j’ai établi inconsciemment avec l’actuelle ISIS. Le lieu où se cotonnent les combattants, la politique médiatique du chef de l’état et les actes spectaculaires.

L’approche qu’utilise Hassan El Saba pour former et s’assurer de la loyauté des «Fedayin» s’appuie sur les faiblesses de ses derniers. Former, torturer, féliciter, leur faire gouter des plaisirs dont ils n’ont jamais rêvé et puis leurs enlever le tout et les laisser vivre dans l’illusion. Les uns se dressent un monde chimérique, les autres sombrent, tandis que les plus crédules espèrent.

La force de cette organisation se construira sur des gens d’un genre tout à fait nouveau. Leur particularité sera un désir fou de mourir et un dévouement aveugle au chef suprême. Nous atteindrons les deux quand ils croiront, que dis-je, quand ils sauront que la jouissance éternelle les attend au paradis après leur mort.

D’autres vérités crues seront lâchées par la bouche de Hassan El Saba, j’ai noté celle dont il parlait de la ténacité du peuple à vivre dans l’illusion plutôt que chercher la vérité. Je cite.

« Les foules craignent l’incertitude, c’est pourquoi elles préfèrent le mensonge qui affirme quelque chose de solide à un savoir même sublime, qui ne leur offre pas de prise ferme. »

Mon avis de lecteur, ce chef d’œuvre a de quoi vous séduire. Si vous omettez la beauté du texte et de ses multiples traductions, vous retiendrez aussi les réflexions philosophiques, les compositions des personnages et les tournures hichkokiennes.

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