Boussole, Mathias Enard

Cap vers l’Est. 

Muni de Boussole, le titre de Mathias Enard, vous parcourez les routes arpentées par Alexandre de Macédoine. L’orient saluera votre geste. Son univers vous révèlera ses atouts, car il a perdu sa Bourka, ôté son Hijab et a fait tomber ses masques lui qui a été dépucelé par l’orientaliste le plus lu de la rentrée littéraire. Afin de fêter cet homme et son œuvre qui a acquis ses titres de noblesse. Je me suis décidé à lui dédier tout un dossier sur ma modeste tribune. Littérature, Musique, et pensée, le tout pour essayer de vous offrir un avant-gout de ce « Grand » livre.

Franz, musicologue autrichien, raconte son histoire d’amour avec Sara, historienne orientaliste. Mais pas que, entre Damas, Téhéran, Paris, Palmyre, Istanbul et Vienne, nous suivrons l’histoire d’un amoureux espérant une fin heureuse à son supplice. Réminiscences, et anecdotes défileront alors dans ce récit. Nous connaitrons ainsi les fantasmes et rêves d’orientalistes connus et inconnus. Les jalousies et les espérances des uns les regrets des autres et entre le tout le romantique Franz dans la peau d’un Indiana Jones avide de connaissances et d’émotions. Un Franz que je n’ai pas pu m’empêcher d’assimiler à son créateur « Mathias ».

Mathias Enard l’auteur du livre est un orientaliste qui partage avec Franz son amour pour la musique classique, son admiration pour les anciens orientalistes et une bibliothèque des plus fournies. L’auteur de « Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants » est un habitué de l’univers oriental. Ces productions sont toutes des marques de son admiration pour la région qui a offert au monde Omar, Hedayat, Nazeri, Albachir… etc. Son éditeur « Actes Sud » fier de son poulain l’encourage à récidiver.

« Boussole », indique l’Est. Franz décrit la boussole parce qu’il s’agit vraiment d’une boussole comme celle appartenant à Beethoven. Une sorte de boussole modifiée de sorte qu’elle pointe toujours vers l’orient. Le manuscrit en entier pointe vers la même direction pour rapprocher le lecteur de l’orient sans omettre son actualité récente.

« Boussole » est un écrit fascinant ayant deux visages, l’un européen ou occidental, dans lequel l’auteur prend un malin plaisir à étaler son érudition, le résultat de ses recherches et même les notes qu’il a oublié pour une raison ou une autre. Ainsi il partagera avec nous des potins sur nobles et diplomates, les déboires du jardinier des Fleurs du mal, les conquêtes des gentes dames de l’époque et les aventures de certains orientalistes. Certaines anecdotes retireront de l’auteur des phrases exclamatives.

…Incroyable de penser que Metternich lui-même se passionnait pour cet homme (Balzac) criblé de dettes, qui vivait à Paris sous des noms d’emprunt et courait l’Europe pour poursuivre celle qu’il aimait, entre deux romans…Page 86

L’autre visage de « Boussole » est oriental, Mathias aide alors son personnage à exprimer sa flamme pour un orient féerique. Il citera un extrait de la traduction de Peau de chagrin de Balzac, quelques poèmes de Hafez et énumèrera au passage les noms d’honorables poètes et mystique persans et Arabes. Pour ma part j’ai retenu surtout la lecture que portent Franz et Mathias sur la chouette aveugle et son auteur. Je cite, Hedayat était un homme triste, mais pas un écrivain triste.

…Le plus grand prosateur iranien du 20e siècle, le plus sombre, le plus drôle, le plus méchant finit par s’abandonner à la mort par épuisement ; il se laisse aller, il ne résiste plus, sa vie ne lui semble pas digne d’être poursuivie, ici ou là-bas… personne n’a autant aimé et haï l’Iran que Hedayat, personne n’a été aussi attentif à la langue de la rue, aux personnages de la rue, aux bigots, aux humbles, aux puissants. Personne n’a su construire une critique à la fois aussi sauvage et un éloge aussi immense de l’Iran que Hedayat…Page 269-270

Mon avis de lecteur, ce livre est un « Must Read ». J’étais un peu déçu de ne pas voir le livre de Sansal sacré au Goncourt, et c’est dans cette optique que je me suis décidé à lire ce Mathias. C’était là ma bonne action de l’année, terminer sur un « Grand » livre et commencer la nouvelle avec le même. Je me suis laissé bercé par les notes qui défilaient dans ces pages qui m’emmenaient vers la fin, la mienne. Car j’ai agonisé longtemps faisant durer le plaisir lisant une et deux fois les textes. J’ai même emmerdé les quelques amis ou connaissances qui ont eu la chance ou la malchance de me trouver avec lui. Je leur ai signifié de se taire de me laisser lire, et quand ils râlaient, je leurs demandai d’écouter ce tumulte de mots qui m’emporta à Vienne, Paris, Palmyre, Damas, Istanbul, Bagdad et mon Iran. Oui, la mienne, celle d’Omar et du Chah, celle de Khomeiny et de Hedayat, celle du mystique et de l’artistique, celle du Zahir et du Batin.

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