La chouette aveugle, Sadegh Hedayat

Digne héritier du suicidaire Sweig, plus sinistre que Kafka, aussi poétique que Reza Qoli, et surtout doté d’un anticonformisme que seul Khayyâm peut égaler. Sadegh Hedayat a été pour moi une révélation, sombre certes, mais envoutante. Son pessimisme, son talent et surtout son univers m’emportèrent loin de mon corps. Mon esprit se laissa trainer par les torrents noirs dont il est le créateur.

La chouette aveugle est le chef d’œuvre de celui qui se donnera la mort dans un petit appartement parisien situé rue de Championnet. Il constitue la pièce maitresse de son œuvre intégrale ainsi que l’accomplissement de toute une pensée.

Hedayat n’est pas un conteur, et son écrit l’illustre. L’histoire en elle-même ne vous tiendra pas en haleine. Après 179 pages, on se retrouve devant un choix : continuer de lire tout en se laissant entrainer par une valse sombre de sentiments et d’émotions ou arrêter le flot et ne suivre que l’histoire. Si vous voulez mon avis, je vous conseille de faire les deux. Une lecture pour suivre l’histoire, une autre pour se laisser submerger par les émotions. Après tout, un livre se consomme autant de fois qu’on le veuille.

Il est des plaies qui, pareilles à la lèpre, rongent l’âme, lentement, dans la solitude.

Les critiques ont toujours comparé Sadegh à Kafka, pourtant là où le deuxième déteste les métaphores, le premier en use sans modération. Comment pourrait-il en être différemment ? Sa culture persane lui impose l’utilisation de l’image. Il ne peut faire autrement.

Le profit que lui apporte cette technique et d’autant plus amplifié par la beauté de ses mots. Les répétitions font partie de son style. Une astuce qui enjolive les textes orientaux, mais dont les Occidentaux n’usent pas. Elle est considérée souvent comme un vice de style. Roger Lescotla la garde pour la traduction qu’il effectue en français en 1953. Sans doute ne pouvait-il faire sans. Mais, rassurez vous la technique donne un bon effet et l’écrit ne fait qu’embellir dans la langue de Victor Hugo.

Pour une raison mystérieuse, ce livre est l’un de mes favoris. Il illustre cette force qui ébranle mon optimisme et mon amour pour le genre humain. Une partie sombre que je m’efforce de cacher, mais qui est pourtant bien là.

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