2084, la fin du monde, Sansal Boualam

Des chiffres et encore des chiffres, la vie a toujours été comme cela pour moi. 2084 n’est qu’un autre parmi ceux qui ont meublé ma vie. Celui-là particulièrement l’a enjolivé, mon avis de lecteur je le mettrai à nu maintenant et non pas à la fin de mon billet comme à la coutume. Ce livre est un OLNI « Objet littéraire non identifié », un univers créé de toutes pièces. Un monde qui nous emporte dans sa folie, son ignorance, sa guerre, et sa mort. Les percepts de l’Abistan deviennent nôtres et l’Abilang devient notre langue.

Surtout, ne vous laissez pas berner par le titre, la fin du monde peut cacher la naissance d’un autre. Car la littérature regorge de mondes, certains baignent dans l’optimisme, d’autres dans le pessimisme, les auteurs réalistes se contentent de l’existant tandis que les imaginatifs tendent vers la fantaisie. Le monde de Boualam a été tout ça.

Ce manuscrit est une œuvre épicée parsemée de saveurs orientales. Pour nos autres citoyens de l’orient, la lecture sera aisée à partir du moment où on l’abordera ouvertement tout en se détachant de notre culture arabo-musulmane. Car, si l’univers de Sansal est entièrement imaginaire, l’algérien qu’il est s’est inspiré de son milieu. Coutumes, habitudes, langage, histoire, mœurs… Le lecteur averti saura retrouver les traces de « l’Ancien Monde arabe » en Abistan. Il lui sera alors plus simple de s’habiller comme un Abistani.

L’histoire résumée ? … vous pouvez en trouver en cherchant sur un moteur de recherche. Tant d’articles abordent l’intrigue sommairement et clairement. Ce que je puis dire c’est que pour moi il s’agit d’un voyage. Un périple interne avant qu’il ne soit externe dans une société sous l’emprise du sceau maudit du secret. La notion « d’Alkitman » dénoncée par Omar Al khayam y est. L’Abistan est le pays ou il n’y a qu’une croyance (Yollah le puissant et Abi son délégué), un seul parti (la juste fraternité, une seule constitution [Le Gakboul], une seule langue [Abilang], une seule nourriture [le Hyr] et un seul crédo [rien n’est permis, tout est contrôlé].

Personnellement, je crois que c’est tout ce qu’il faut savoir avant d’entamer le livre. Le reste viendra au fur et à mesure que ses feuilles se déroberont.

Similarités et divergences entre 1984 et 2084, Sansal n’est pas Orwell. #LESADIQ

Pour ceux ayant lu le 1984 de Georges Orwell, il se retrouveront avec deux livres similaires. D’ailleurs Sansal a clairement expliqué dans de nombreux interviews qu’il s’est inspiré de son prédécesseur. Une inspiration et non un plagiat. Les clins d’œil se multiplieront tout au long du livre. Je retiendrai surtout le surnom donné à Abi par les « Makhoufs » mécréants de l’Abistan « BIG-EYE » en hommage au « Big-Brother » d’Orwell. Cependant, la différence entre l’écrit d’Orwell et de Sansal et de taille. Là ou le premier a construit le mythe de son état unique sur le modèle soviétique [qu’il avouait dépassé et antirévolutionnaire quand il ne contrôle pas tous les courants] Boualem construit le sien sur l’état religieux, qui sacralise ses lois au nom de la religion. Deux déçus des lois qui régissaient leurs sociétés. L’un par son idéal marxiste l’autre par la religion principale de son pays.

Sansal prend alors un malin plaisir à critiquer la religion tout en usant de la fable Abistanie. Je rapporte ce merveilleux passage :

Dans son infinie connaissance de l’artifice, le système a tôt compris que c’était l’hypocrisie qui faisait le parfait croyant, pas la foi qui par sa nature oppressante traine le doute dans son sillage, voire la révolte et la folie. Page 46.

L’écrivain va même revenir sur des notions générales déclinant son avis personnel par le biais d’Ati son héros. La notion du peuple, de l’humanité et moult questions existentielles seront débattues tout au long du livre. Après Meursault, contrenquête de Kamel Daoud prix Goncourt du premier roman [2014] et maintenant 2084, Prix du roman de l’académie de France 2015, la vague littéraire algérienne continue de puiser dans l’héritage livresque mondial pour nous offrir de nouveaux chefs d’œuvres.

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