Mes amis, les médecins.

Il est loin le temps ou les médecins furent admirés pour leurs capacités prodigieuses à nous faire oublier maux de dents, saignées de blessures ou morsures de bestioles. De nos jours ceux-là même n’ont plus la côte ni les faveurs des dieux. Leurs conditions sont arrivées à un stade tellement bas, que leurs plus fervents envieux déplorent avec empathie ou pitié… le terme en soi n’a plus d’importance. Enfin, moi qui ne suis pas médecin, ni aspirant au legs d’Hippocrate, je me tiens devant vous pour pleurer la tragédie que vivent mes amis, les médecins.

Le bouffon que je suis va même oser remonter le temps vers le passé. Pour effectuer cette prouesse, j’utiliserai dans un élan patriotique une voiture « made in Morocco » (ou assembled) pour prouver qu’on est capable de concurrencer même cette DeLorean fabriquée en Irlande du Nord. Mettez vos ceintures, accrochez vos casques et laissez-vous emporter par ce voyage temporel : direction l’année 2011.

2011, une année que je considère comme culminante pour le Maroc. Et encore plus pour le corps médical du pays, puisque c’est durant cette année et plus précisément le 15 mai que fut organisée la première marche des blouses blanches. Les revendications des médecins portaient sur deux volets principaux :

  • Le premier touche le citoyen avec pour ligne de mire les équipements insuffisants dans le milieu citadin et inexistant dans les zones rurales.
  • Le deuxième concerne les salaires du personnel médical. Des salaires qui peinent à suivre ceux des autres cadres de la fonction publique.

Une revendication secondaire s’ajoutait à ses volets, à savoir le manque de personnel dans les zones rurales. Bien des changements furent approuvés durant cette année : nouvelle constitution, nouvelles élections, plus (de moins) de transparence… enfin, une année sous le signe de l’espoir. Et ce fut de même pour les professionnels de la santé.

Quatre ans après, les conditions se sont empirées pour nos docteurs. Résultat, Mars 2015, les médecins se révoltent et menacent de faire sit-in et grève les deux exécutés respectivement le 21 mars et le 30 avril. Un mois après le ministre du secteur se creusera les méninges, non pas pour embaucher les médecins chômeurs ou pallier au trou laissé dans le budget 2014 des équipements médicaux (qui s’évapora par je ne sais quel miracle : la légende voulait même que ce soit les quarante voleurs voire même Ali Baba en personne qui ont effectué ce holding). Surtout, n’abordons pas les sujets qui fâchent, et restons concentrés sur le politiquement correct.

Donc je disais, Pr El-Ouardi ministre de son état, était devant un choix cornélien. Celui de répondre aux exigences du personnel médical et assuré à son parti dict. du livre et la sagesse les voix de ces collègues : choix balayé puisqu’il n’avait ni les moyens ni la volonté pour.

Ou encore, aller de l’avant et importer ces recettes miracles venant des terres au-delà de la mer-de (Méditerranéenne) : pour ce qui est de ce choix, le pauvre fonctionnaire étatique qu’il était devait revenir au passé et par passé je veux dire quelques dizaines d’années. Ensuite, importer, adapter, adopter et mettre le tout sur le terrain. Mais bon, fallait-il encore excuser l’ignorance de notre système qui s’enquit toujours à employer des petites têtes qui n’arriveront jamais à synthétiser et à éviter ce qu’on appelle dans le jargon estudiantin « Copier/Coller intelligemment ».

Supporté dans sa tâche ardue par le divin et tout puissant sadique, le ministre rose prépare un manuscrit qui résout tous ses problèmes :

  • Deux ans de service civil obligatoire dans des régions reculées à tous les médecins diplômés à partir de l’année en cours.
  • Une mensualité de 2000 Dhs (soit 480dhs) de moins que le SMIC, avant qu’elle ne soit révisée à 3500 Dhs.
  • Pas de contrat ni d’assurance maladie, soient deux ans au noir pour des étudiants qui ont passé 8 ans pour les plus méritants à étudier (voire plus pour ceux qui rêvassaient pendant les cours).

Un plan digne de Machiavel, puisqu’ainsi il répond à la première exigence des médecins révoltés de 2011 leur ôtant ainsi l’arme populaire dont ils usaient. Et par la même occasion s’offre les services de médecins fraichement diplômés à un tarif low-cost.

« Le ministre voyait ainsi son secteur en rose. » #LESADIQ

C’était son compter sur la hargne des étudiants qui vont menacer en juin et s’activer en septembre boycottant ainsi la rentrée universitaire. Leur union va même mettre les autorités sanitaires en position de faiblesse. Chose qui va pousser le ministre par la voie/voix de son cabinet à demander une rencontre pour négocier. Une manœuvre qui visait à amadouer certaines parties et fissurer cette union estudiantine. Trois mois plu-tard, ni mes amis les médecins, ni le ministère ne voient la vie en rose. Chacun est retranché dans ces positions, les opérations coup de poing continuent entre des deux partis et les campagnes de communication usent de plus d’inventivité.

Le bouffon que je peux être ne veut que manifester sa joie triste face à ce sport de tire qui peut. Sur ce, je laisse tomber mon rôle et mon masque et souhaite aux héritiers d’Hippocrate tout le bonheur du monde.

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