Pickpocket, Fuminori Nakamura

Un polar qui suit en apparence la tradition de ces livres que nous prenons pour nous divertir. Pourtant, Fuminori va bouleverser les mœurs subtilement dans ce roman. S’arrêtant de temps à autre pour lancer une réflexion sur des questions existentielles. Raison de vivre, sens du bonheur, relation homme et femme. Enfin ces questions que les plus « heureux » d’entre nous n’osent pas se poser. Pour ceux-là, l’écrivain japonais a réservé d’autres réflexions. Le temps qu’il fera demain, le contenu d’une poche, l’âge d’un vieux aux allures de riches. Une alternative qui laisse tout le monde satisfait.

Le héros du roman est un pickpocket des plus modestes. Un artiste aux allures sombres, mais dont les doigts élancés réussissent facilement à trouver poche. Ses cibles sont les hommes riches, les pauvres en sont épargnés. Solitaire, et minutieux, tels sont ses traits. Il a choisi de couper les ponts avec tous ceux qui lui ont été chers jadis. Un sacrifice obligatoire pour toutes les créatures du monde sombre. Pour couper les ponts, il suffisait de voler.

« En fourrant mes doigts dans les poches d’autrui, j’ai tourné le dos à tout, j’ai rejeté la collectivité, j’ai rejeté ce qui est sain et lumineux. J’ai érigé des murs autour de moi et vécu comme tapi dans les interstices sombres de la vie. »

Pourtant l’homme qui est en lui ne peut pas vivre sans autrui. L’envie de connaitre les autres le brule. Pour l’assouvir, il a trouvé dans les portefeuilles une boite noire (ou orange) qui lui dévoile les secrets de ses victimes.

« Un portefeuille livre le caractère de son propriétaire, son style de vie. Comme le téléphone portable, il est au cœur de secrets d’une personne, de ce qu’elle possède, un pivot central ».

Deux évènements vont bouleverser sa vie. La rencontre avec un enfant suivi d’une sollicitation d’un chef yakuza*. Du petit pickpocket qui jonchait les rues de Tokyo à un pseudocriminel tel sera la destinée de cet homme de principes. De principes, oui, la preuve est qu’il remet toujours le portefeuille avec papiers et carte de crédit dans une boite postale (P 13). Afin, qu’il soit rendu à son propriétaire. Il l’est d’autant plus lorsqu’il prend indirectement sous son aile cet enfant de prostituée qui n’a de cœur que pour son petit ami. Un parrain ou un ange gardien, c’est le rôle qu’il empruntera du début jusqu’à la « fin ». Il ne fuira même pas ses obligations en sachant où ça le mènera. Une Antigone nippone c’est ce qu’il est, ayant le sens de la tragédie et remettant son destin aux dieux Yakuzas.

Un passage m’a fortement intéressé celui où le chef Yakuzas se prête au jeu morbide du conte monstrueux. Celui d’un seigneur nippon qui écrira le destin d’un garçonnet du début jusqu’à la fin et qui œuvrera durant des années à réaliser sa prophétie livresque. Une folie cria le pickpocket avant que le yakusa ne répondit :

« Non, il n’est pas fou. Ce seigneur se délecte c’est tout. De ce que la vie peut lui apporter. Sans en perdre une miette. »

Le livre est un acheminement paisible, triste et ravageur pour les âmes sensibles. Il utilise un réalisme camusien qui touche ce qui est profond en nous. Il ressemble de prés aux rivières paisibles qui coulent au pays du soleil levant avant de devenir un monstrueux typhon ravageant toute vie. La mélancolie dont se caractérisent les Japonais y est maitresse. Au bout des premières pages, je me suis senti de nouveau plonger dans l’Incolore Tsukuru de Murakami. La suite ressemble plus à son 1Q84.

Avis de lecteur, ce livre serait le compagnon idéal pour une promenade printanière ou une soirée hivernale. Sa simplicité vous réchauffera et sa douceur rendra votre soirée paisible. Quelques passages embellis par la traduction vous feront surtout aimer cet artiste-voleur.

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