La bâtarde D’Istanbul


L
a couverture du livre est un coup de bluff magistral. Des babouches, un Tajine et notre imaginaire nous emmène vers le Maghreb. Pourtant l’écrit de la quadragénaire turque et une histoire de sang entre turques et arméniens. Le livre propose une visite dans une Turquie déchirée entre tradition et modernité. Une Turquie occidentale avec des racines orientales. Elif abordera son récit vingt ans plutôt avec un personnage féminin qui est devant un dilemme : avorter ou pas. Zeliha est une femme qui s’est imposée de marcher contre le courant, elle l’affirme de bout en bout de l’écrit ne laissant jamais apparaître aucun signe de faiblesse. Et ceci même dans les instants les plus durs de son existence.

 

Zeliha ira même jusqu’à nous duper au début du livre se faisant passer pour l’héroïne. Avant de prendre du recul, laissant Asya prendre le dessus. Mais, là encore ce n’est qu’un bluff. Puisqu’en réalité on ne peut définir d’héroïne pour cet œuvre. Toutes les femmes ont une place spéciale que ça soit Armanoush, Grand Ma, Banu, la mère d’Amy ou Zeliha…toutes ont quelque chose à dire, toutes sans exception s’imposent à nous lecteurs comme des héroïnes potentielles. Libre à vous de choisir.

 

La famille Kazanci et la famille Tchakhmakhchian.

 

La famille K vivante à Istanbul est entièrement composée de femmes. Entre une mère, une grande mère, des tantes et une petite fille dont elles partagent toutes la responsabilité. Pour ce qui est de la gente masculine, ce qui paraissait de l’humour au début se concrétisa au long du récit. Une malédiction semble frapper tous les hommes de la famille les emportant précocement. Cette famille à la composition étrange est pourtant des plus soudés, les traditions orientales y sont gravées : Toutes les générations cohabitent ensemble sous le même toit. Toutes sont tenues de se présenter à table pour les repas (Zeliha et Asya ne sont pas dispensés et ont décidé par choix imposé). Le rythme de l’année est invariable quelque soient les circonstances.

 

Que l’on soit pro-turque ou pro-arménien, une chose est sûre les deux familles se ressemblent et s’assemblent. Les femmes sont gardiennes de la tradition à l’image de la grande mère d’Amy (Armanoush) qui en est le parfait exemple.

 

Deux familles, deux peuples et deux destins qui se sont réunis et se réunissent dans le passé et le présent. Elif va traverser l’histoire de la Turquie moderne. Elle bouleverse ainsi les habitudes de ses compatriotes, tout en s’attirant les foudres de l’administration et des nationalistes qui n’ont pas tardé à démontrer leur indignation à la parution du livre. L’évocation du génocide arménien en utilisant les voix les Djinns de Banu en est la raison principale.

Je ne voudrais surtout pas vous gâcher le plaisir de la lecture de ce roman riche en couleurs, et dont les mérites gastronomiques rimeront avec un festin de saveurs imprimé karniyarik, de kadin budu köfte, de turflu, et d’aşure. Enfin, si vous vous attendez à retrouver les émotions de Soufi, mon amour (écrit de la même auteure) vous serez peut être déçu. « La bâtarde d’Istanbul » est un roman dont l’univers se situe à l’opposé avec des histoires de familles, des amours défendus, et une cuisine turkmène le tout rédigé dans un style qui vous laissera rêveur du pays de la noisette et de la pistache.

 

 

* »La bâtarde d’Istanbul »-Elif Shafak aux éditions Phébus, existe en format poche aux éditions 10/18.

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